L'histoire est un éternel recommencement, les cycles ont beau se succéder, on finit toujours par jeter un regard -même fugace- en arrière. Ainsi, le Toulousain Stanley Millgram devient Einna, qui fut aussi le nom du titre de son premier single démo. Une renaissance sous forme d'hommage, pas vraiment, de toute façon la vie du groupe s'est déroulée principalement sur scène, les seuls témoignage de l'existence du prototype seront des souvenirs. Alors que Einna avec Les Angoisses d'Arcadie passe une étape infranchissable pour son "ancêtre": la mise au monde d'un disque rien qu'à lui. Une épreuve qui va démontrer que le groupe est définitivement orienté vers l'avenir.
Loin des ébauches préliminaires, Einna sublime son ancien avatar. Il transcrit son affection lucide pour le noisecore épique, les aléas du post-hardcore, un hardcore chaotique qui n'insiste pas sur sa nature, et un screamo peu rigoureux. Prône des choix esthétiques pertinents avec une vision artistique réfléchie. Car malgré l' affluence croissante au colloque des groupes de hardcore atmosphérique qui reviennent directement aux convulsions de Breach, en délaissant les contorsions de Neurosis, Les Angoisses d'Arcadie occupe une place de choix parmi les disques équivalents de ces derniers mois.
Prépondérant à l'aisance dont fait preuve Einna, l'opulente batterie se faufile, agile, et frappe avec détermination. Son charisme impose une réactivité à toute épreuve, dope l'intensité des compostions, et déclenche des secousses sismiques qui tirent vers l'avant les guitares ("Pan", ses premières minutes). La mélodie s'incruste, la guitare est ralentie, ses textures s'affinent pour une ambiance d'ivresse ("Orphée") teintée du malaise qui transpire des thèmes abordés. Ils dépeignent une vision désabusée, autiste, parfois revancharde, de la relation à autrui. Avec une dose de désespoir et d'auto-indulgence mélancolique, carburants idéals de vociférations écorchées situées entre la "précision" protéiforme de Jacob Bannon et le screamo.
Les Angoisses d'Arcadie s'en tire avec les honneurs dans son projet de commémoration de Breach presque dix ans après son messianique diptyque Venom et Kollapse. Subalterne à son principe fondateur, l'ep rappel, les You Fail Me et Jane Doe de Converge (sans que les notions de chaos ne soit rééllement invoquées ou qu'elle se substituent à la dominante noise), ainsi que le Starting Point de Time to Burn.
La clairvoyance d'Einna s'étend à l'habillement sonore confié à une personne d'expérience dans le registre (Silvin Suquet au Las Polovegas) puisqu'il est responsable du son exemplaire de I Pilot Daemon -dont il est aussi le guitariste- (Lacrymal) et de Plebeian Grandstand (Basement Apes Industries). L'environnement visuel est aussi fort attrayant, il est réalisé par Thibault B. (de Einna justement?). Rien n'est laissé au hasard, et c'est assez naturellement qu'Einna devrait faire parler de lui comme un nom à suivre.
Pénétrer le dédale des tourments humains, affronter les doutes d'Eros, les certitudes et la condescendance d'Orphée, le désespoir de Pan avec, comme unique échappatoire à une inexorable descente vers les abîmes, le sommeil et son monde onirique...
"C'est au milieu des faunes qu'on devient malicieux" et l'invite d'Einna à se laisser submerger par les vapeurs virgiliennes des Angoisses d'Arcadie ne l'est pas moins. Des premiers échos résonnants évocateurs d'un chaos où s'entrechoquent atomes botchiens et breachiens, où s'écoulent nappes de basalte laissées par Buried Inside, Einna défie la routine postcore avec entrain et puissance, mettant à mal ses entrailles jusqu'à l'irréversible déchirement. Un chaos sonique, cisaillé par des accords dissonnants et des structures asymétriques qui viennent accentuer la corrosion d'une atmosphère souillée à laquelle le flow spoken word de Florent apporte une dimension irréelle, presque incantatoire.
Passé le temps de la fureur, vient celui de l'apaisement et de la torpeur. Einna se laisse progressivement envahir par l'inévitable rencontre entre Cult Of Luna et Isis, plongeant Les angoisses d'Arcadie dans une dimension plus éthérée mais aussi plus conventionnelle dans laquelle les toulousains manquent s'engluer ("Orphée") avant de s'en extirper avec force ("Pan").
Certes le caractère n'est pas encore totalement affirmé. Einna apparaît encore trop largement tributaire de ses influences et la production pêche un peu par manque de densité là où l'ep méritait certainement une explosivité plus efficiente. Néanmoins Les angoisses d'Arcadie apparaîssent d'ores et déjà comme le premier chapitre d'une oeuvre qu'on a envie de voir croître et évoluer sans retenue.
Le style d'Einna est partagé entre hardcore chaotique et post métal, une sorte de petite rencontre entre Breach et Cult of Luna pour situer approximativement le truc. Déjà le digipack est magnifique, c'est toujours appréciable. Niveau musique, même s'il me semble que "Eros" n'est pas celui des 5 titres qui donnera la meilleure entrée en matière possible, ce premier morceau pose les bases, le son est plutôt chargé et les hurlements saturés semblent annoncer l'apocalypse. La suite est quand même bien meilleure car les bonnes idées foisonnent et j'ai quelquefois été surpris par la tournure de certains plans bien pensés. "Orphée" par exemple, qui balance 5 planantes minutes que n'aurait pas renié Isis ou Pelican, avant que le chant ne vienne faire exploser toute la violence contenue. Bon, rien de bien nouveau, on se doute de ce que les membres du groupe écoutent mais c'est fichtrement bien foutu. Le chant est quand à lui en français et les textes sont plutôt bons mais il faut tout de même s'armer du digipack pour espérer y comprendre quelque chose. La production manque un poil de lourdeur mais c'est pas bien grave.
Ce qui me chagrine en revanche, c'est plutôt le son de la batterie qui manque de chaleur et le jeu du batteur qui est quelque peu chargé. Et c'est bien dommage car même si sa technique est irréprochable, ça peut rendre certaines parties carrément indigestes.
Quelques défauts donc mais à part ça Einna se paye une sacrée entrée en scène avec "Les Angoisses d'Arcadie", premier maxi d'un groupe dont on est en droit d'attendre beaucoup au prochain disque.
A l'heure de l'uniformisation musicale, à l'ère des artistes jetables et au moment où le débat sur le téléchargement n'est on ne peu plus d'actualité, comment redonner le goût au public à aimer la musique ? et bien tout simplement déjàen faisant de la bonne (musique) et en réalisant des efforts pour la présenter de la plus belle manière qui soit, deux objectifs accomplis assurément par Einna.
Pour leur premier Ep, les français ont ainsi mis les petits plats dans les grands pour nous présenter « Les angoisses d'Arcadie », un disque bichonné, choyé, dont la présentation en superbe digipack incite d'elle-même à l'écoute.
Du post core vibrant et saisissant (« Eros »), voilà ce qui coule dans les veines d'Einna, la formation sachant allier parfaitement les atmosphères oppressantes des guitares et les passages plus ambiant (et la beauté d' « Orphée »). Dérangeants, prenants, les vocaux hurlés et torturés jaillissent, accentuant la violence mise en avant dans la dissonance rageuse des compositions. Voilà que les mélodies se faufilent entre le chaos jaillissant de mille écorchures, mettant en avant des influences que le Culte de la Lune ne renierait pas.
Exécuté avec une concentration technique palpable, le disque n'est cependant pas sans mettre en évidence une production qui pourrait être plus musclée, mais dont le son abrasif colle plutôt bien à la musique produite. L'émotion, bien présente, est cependant moins psychiquement éprouvante que celle véhiculée par des groupes tels qu'Overmars (inutile d'aller jusqu'en Suède pour trouver du post de qualité) même si le personnage du solitaire se prenant la tête entre les mains en hurlant chère à la scène core se distingue ici sans trop de problèmes.
Flirtant encore d'un peu trop près avec les conventions d'un genre, Einna n'aurait cependant pas pu rêver mieux comme entrée en matière, s'offrant avec « les angoisses d'Arcadie » une carte de visite luxueuse ; la quête du son ultime se poursuit donc, son issue n'en est assurément pas loin.
Je ne sais pas d'ou est issus ce titre ô combien mystérieux, mais j'aime beaucoup, au même titre que le trés beau digipack balancé par le label swarm of nails, toujours aussi soucieux d'offrir autant du visuel que de l'auditif. Jeune groupe toulousain qui sort son premier maxi. En tous point excellent, je ne dirais en l'occurence que du bien des angoisses d'arcadie. 5 titres, c'est court, mais à aucun moment le maxi n'indispose. Un album entier aurait peut être été plus dur à gérer. Disgréssions noise, grosse base hardcore "chaotique", puis des passages plus post hardcore atmosphérique, comme pour relacher la pression aprés la rage. J'ai lu que les influences du combo était trop marqué. Certes elles le sont, mais c'est super bien fait. Et les amateurs du genre vont pleinement apprécié. Beaucoup de noms viennent en tête à l'écoute : Breach (flagrant), Botch, Old man Gloom, Knut, etc...au final, un excellent départ de Einna, on attend de voir la suite.
Dans la vie, il y a des questions existencielles auxquelles il est difficile de répondre. Par exemple qui de l'oeuf ou de la poule est arrivé en premier? Ou encore pourquoi les charts en France font si peur à voir? Pourquoi est-ce qu'il y plein de groupes sympas de gros metal dans le nord de la France? Et pourquoi y a-t-il tant d'excellents groupes affiliés hardcore à Toulouse?
Il sera donc là impossible de répondre à tout ça mais c'est l'ultime question qui va nous intéresser car nous voici face au dernier rejeton en date enfanté dans la ville rose. Einna poursuit donc la voie tracée par leurs compères I Pilot Daemon, Plebeian Grandstand et autres Senor Flores prouvant que l'air toulousain donne une certaine envie d'en découdre sur scène... et sur CD cette fois-ci.
"Les Angoisses d'Arcadie" est donc la première livraison de ce jeune combo monté suite au split de Stanley Millgram. Artwork soigné avec quelques réminiscences symétriques d'un Seldon Hunt, le digipack est un bien bel objet. Voyons donc si le rendu musical est d'une aussi bonne constitution...
Oh ça oui! Einna n'a pas cherché à donné dans le chaos sonore destructuré comme ses amis I Pilot Daemon et Plebeian Grandstand mais à plutôt aller fouiller dans un post-core abrasif. Cependant Einna là aussi se démarque de la majorité de ces groupes qui éclosent de l'oeuf pondu par la poulette Cult Of NeurIsis et ce, en allant chercher des influences plutôt vers les débuts de la triplette magique.
Même si les quleques passages instrumentaux s'inscrivent logiquement dans cette optique post-core (l'intro de "Ophee" par exemple), c'est en mettant en place un aspect brut accolé aux compos plutôt atmosphériques que Einna marque de son empreinte le genre. Retrouvant le côté furieux d'un Buried Inside ou d'un Time To Burn par les vocaux arrachés de son chanteur, la musique du groupe voit alors son côté agressif croître.
Servis par une prod aux petits oignons signée Silvin Suquet (I Pilot Daemon), les toulousains marquent les esprits tel un plaquage d'un de leur rugbyman avec "Les Angoisses d'Arcadie", oscillant entre dissonances et mélodies mais surtout avec une rage omniprésente et pourvoyeuse d'émotions. Bref, encore du très prometteur en provenance de la ville rose... mais comment font-ils?!
Avec son premier E.P., EINNA rencontre un problème de taille : ce hardcore-là, beaucoup de gens le font très bien depuis un petit moment. Même à Toulouse, patrie du groupe, la concurrence est rude : PLEBEIAN GRANDSTAND vient tout juste de sortir un E.P. et l'on guette avec impatience ce qu'il va advenir des excellents I PILOT DAEMON. Certes, EINNA n'est pas une copie carbone de ces deux-là. Mais le déluge de cris et de guitares en est indéniablement voisin et, si cela ne suffisait pas, Les Angoisses d'Arcadie sort des studios Laspollovegas, où l'expertise de Silvin Suquet a déjà fait ses preuves justement sur les deux groupes susmentionnés. La tentation est donc grande de réduire EINNA au rang d'ersatz.
Pourtant, si le novice peinera à se contenter des subtilités qui différencient EINNA du reste des groupes inspirés par les BREACH et autres CONVERGE, le connaisseur trouvera sans doute chez les toulousains de quoi le satisfaire. EINNA a pour particularité première d'être d'une densité assez rare, sans pour autant être foncièrement chaotique. Les deux guitares, si elles s'autorisent quelques volées de notes claires, se caractérisent globalement par une masse saturée qui mériterait d'être mieux mise en avant. On a parfois l'impression que les six cordes ont du mal à s'imposer sur la batterie, qui prend peut-être trop de libertés. C'est que le batteur n'est pas sans une virtuosité qui, à bien des occasions, sauve superbement EINNA d'un certain conformisme. Mais à plusieurs reprises, il étouffe les guitares à vouloir trop en faire.
C'est d'autant plus regrettable que ce batteur fou ne sonne pas toujours très élégamment. Sur Eros, la pluie de caisse claire qui accompagne l'ouverture du morceau manque cruellement de finesse : on la croirait « triggée » (cette technique permet que chaque coup de caisse claire déclenche un son générique dans le logiciel, de sorte que chaque frappe a alors la même intensité. Ca n'est pas toujours du plus bel effet.). On pourrait aussi reprocher au son de cet E.P. de ne guère laisser la basse s'exprimer, mais il faut être honnête : malgré tous les griefs évoqués, le résultat global est honorable, dans la mesure où l'identité sonore est cohérente et surtout, l'énergie bien présente. Si l'on a senti Silvin Suquet plus à son aise dans l'enregistrement des disques de son groupe I PILOT DAEMON, son travail sur Les Angoisses d'Arcadie permet tout de même de trouver quelques motifs de réjouissance lors de l'écoute.
Ainsi, sans rien inventer, EINNA a néanmoins le grand mérite de faire preuve d'efficacité. Certes, l'introduction d'Orphée est quelque peu convenue, mais cette progression mélodique habile a de fortes chances d'envoûter l'auditeur qui aurait le malheur d'avoir un penchant pour ce genre de jolies longueurs. Pan se révèle d'une belle inspiration, avec un thème simple mais redoutable qui s'étale après deux minutes. Souvent, on apprécie que le groupe entretienne une certaine dynamique au sein de ses morceaux, ménageant des accalmies et des acmés (comme sur 12 livres de chair).
Dans un autre registre, on peut saluer la présence sur le digipack des paroles -en français- de chaque titre, ce qui est assez rare en matière de braillards coreux. Evidemment, les textes rechignent à évoquer des après-midi de juillet passés à siroter des cocktails au bord de la piscine, puisqu'il est surtout question d'introspections sanglantes et d'isolement. Parfois, cela se perd dans des formulations pataudes, mais parfois, il y a de la justesse, une certaine fluidité même (Orphée). Le risque est grand, avec l'usage du français, de sombrer dans l'utilisation d'adjectifs banals, d'expressions assez convenues. Mais au moins EINNA ne lésine pas dans l'intention : malgré leurs défauts, les textes éveillent l'attention du lecteur et semblent la plupart du temps procéder directement de la rage émanant de la musique.
Si ce premier E.P. est loin d'être parfait, il y a néanmoins chez EINNA suffisamment de talent pour qu'on écoute Les Angoisses d'Arcadie sans déplaisir. Il faut maintenant que le groupe affine son style pour s'élever au dessus de la mêlée.
Avant, pour cautériser une plaie, on pouvait y aller au fer blanc, c'était certes un peu barbare, mais l'efficacité de la technique avait été largement éprouvée. Désormais, comme autre mode alternatif (afin d'éviter les sacro-saintes maladies nosocomiales...), on a Einna. Un gentil quintet toulousain avec une curieuse définition de l'amour qu'il met en pratique sur le très romantique mais néanmoins brutal "Eros". Accouplement auditif sauvage, fusion incandescente des corps et grosse décharge de riffs qui font mâle. La sensiblerie est peut-être ici de mise, ce n'est pas vraiment la première chose qui frappe à l'écoute du premier titre de Les angoisses d'Arcadie. D'ailleurs à propos de frapper, les frenchies y vont gaiment. Un coup sec derrière la nuque et il n'y paraîtra plus. Mais si on peut également piétiner son adversaire, c'est évidemment encore mieux. Le fauve aiguise griffes et crocs. L'appétit vient en dévorant... "12 Livres de chair" débarque sur la platine instaurer le règne du chaos et de la désolation. La bête est lâchée, les dommages collatéraux sont à la limite de l'indicible. Car Einna exsude ici une violence brute aux tourments émotionnels insondables.
Une fusion transcendantale d'un Botch qui aurait flirté avec Converge, d'un Breach qui copulerait fougueusement avec Time to Burn et Plebeian Grandstand dans une orgie de dissonances et de riffs corrosifs. Convulsions asymétriques, déviances animales, batterie foudroyante et rage destructrice, le groupe déverse des torrents de haine et des flots de désespoir, en enfonçant ses compos dans un magma métal hardcore noisy tellurique. Vociférations screamo écorchées vives, le groupe vient affronter Hadès dans son royaume pour venger la mort d'Eurydice (un "Orphée" mythologique d'anthologie...). Oppressant, le quintet toulousain délivre quelques passages atmosphériques qui contrastent littéralement avec le postcore cathartique dont Einna est ici l'instigateur ("Il ne reste que des épines"). On pense à Knut, Neurosis, Celeste et Old Man Gloom, mais le groupe parvient à sortir son épingle du jeu tout en continuant à matraquer nos tympans de ses guitares corrodantes, maintenant la pression en nous enfermant dans son labyrinthe mental ("Pan"...). Cinq titres puisant leur l'inspiration dans les flammes de l'enfer, autant de brûlots purificateurs suintant la haine par tous les pores de son épiderme, les toulousains conservent leur emprise sur cet EP au digipack élégant et à la puissance de feu rare... Classe.
EINNA - Les Angoisses d'Arcadie
(Communication Is Not Words / Swarm Of Nails)

1. Eros
2. 12 livres de chair
3. Orphée
4. Il ne reste que les épines
5. Pan
Europe - 10 euros
Reste du monde - 11 euros
Artworks réalisés par Thibault B.
Enregistré par Silvin Suquet.